Il était une fois sept jolis lacs où de terribles centrales hydroélectriques voulaient s’installer…

Jeudi 19 février 2009, Panguipulli, Region de los Lagos, Chile
16h :
je suis chez Mauricio, journaliste. Sa mère tient une maison qui fait chambre d’hôte et restaurant. Le service est fini, nous passons donc à table.
Je meurs de faim, je n’ai pas déjeuné depuis ce matin, si ce ne sont les verres de vin, en attendant le bus sous la pluie (cf. post précédent). Il y aura pour le repas, du poisson frit et des pommes de terre qu’accompagnent une salade de tomate, des carottes râpées et de l’avocat. Je me régale.

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18h : nous marchons jusqu’au lac Panguipulli d’où Mauricio me peint les lieux. Par là, Coñaripe avec les barrages de SN Power, par ici Liquiñe, SN Power également, là-bas Neltume où ils veulent établir les barrages d’Endessa… au total sept projets de centrales hydroélectriques.

22h : la journée s’est bien passée. Nous sommes au gymnase municipal où une scène a été montée pour accueillir un concert, des groupes des environs se produiront ce soir. Le premier que nous voyons est excellent. Il reprend Los Jaivas, un groupe chilien mythique.

23h50 : nous arrivons, avec d’autres personnes, chez Eduardo, un ami de Mauricio. Nous allons voir le documentaire de Mauricio, Quieren la agua (= ils veulent l’eau). Je l’ai vu ce matin, mais comme il est plein d’informations sur le conflit régional contre les projets de centrales hydroélectriques, ce ne peut qu’être bénéfique pour moi. À la fin, une discussion se lance sur la manière de lutter, de s’organiser.

5h10 : nous arrivons à la maison pour dormir. Plus que d’avoir refait le monde, nous avons échangé et réfléchi sur la manière d’agir ici et à plus long terme. Et j’y ai rencontré Mathias, l’anarchiste qui, je ne le sais pas encore, m’hébergera à Valdivia.

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Dimanche 22 février : actuellement, dans l’hémisphère sud, c’est l’été. Et dans les villes ou villages de la cordillère (Panguipulli, Villarica…) c’est la haute saison. Trois mois de tourisme intensif avant l’arrivée de l’hiver et de l’automne.
Et les militants, les mapuches, les citadins ou les paysans ont besoin d’argent, il y a donc actuellement peu ou pas de grande réunion. Les gens se rencontrent séparément.

Toujours est-il, qu’à Panguipulli, un petit groupe d’irréductibles chiliens s’organise. J’assiste aujourd’hui à une de leur réunion.
Il y a Mauricio, le journaliste qui me reçoit, qui vit entre Santiago et Panguipulli pour finir sa thèse. Camila, étudiante à Valdivia où elle passe la semaine comme quatre autres étudiants qui sont avec nous. Ils profitent donc des derniers jours avant la reprise des cours pour s’organiser et voir comment ils vont travailler par la suite. Enfin, il y a Ricardo, originaire de Temuco, il est arrivé récemment à Panguipulli où il travaille pour une ONG.

La discussion s’articule en deux temps : une présentation de la situation actuelle de la région puis une réflexion sur la manière d’agir pour informer et mobiliser la population. Tout le monde est d’accord pour dire que le mot d’ordre est non aux centrales, pas de négociation. Car il est évident que les informations que nous possédons n’annonce rien de positif pour la région quant à l’implantation de ces centrales.

Que faire ?
_ Une suite de questions est posée :
• quelle est la quantité d’énergie électrique nécessitée par le pays ?
• y a-t-il un apport de travail avec l’arrivée des centrales ?
• y aura-t-il des répercussions sur le prix de l’eau ?
• Quelles rivières seront asséchées ? Quelles autres inondées ?
• Où passeront les câbles haute tension et les canaux ?
• Y a-t-il des exemples dans d’autres pays ?
• Quel est le discours des entreprises ?
• Qui utilise l’eau actuellement ?
• Comment agir ? Journal, réunion, muralistas (peinture sur les mur), affichage…

_ La décision est prise de préparer un bulletin d’information. Le 22 mars est déclarée journée mondiale de l’eau, ce sera un excellent jour pour le distribuer. Il doit donc être terminé une semaine avant. Il contiendra des interviews de personnes de la région comme des chercheurs, des commerçants, des étudiants…un court article général relatant la situation et invitant à en lire d’autres qui vont plus en profondeur invitant à se documenter plus sérieusement, une réflexion sur la manière dont l’eau, potable ou destinée à l’agriculture, doit être utilisée, à un niveau local et national et un article sur les autres problèmes de la région avec une réflexion sur le monde que nous voulons.

À la vision de tout cela, il est clair que le journal aura une approche anticapitaliste et un fort accent social.
Enfin, ils vont contacter les autres organisations locales pour écrire un communiqué unitaire pour le 22 mars.

Lundi 23 février, 8h : nous nous levons et nous préparons pour aller à Liquiñe, hameau de la cordillère où trois barrages sont en projet.

8h40 : je suis toujours hébergé par la mère de Mauricio qui tient un maison d’hôtes, au moment de partir, des clients se lèvent, nous aidons donc à préparer leur petit déjeuner.
10h : nous sommes dans le bus, aucune voiture n’a voulu nous prendre en stop.

12h30 : nous arrivons. Il n’y a qu’une rue, un chemin de pierre et rien d’autre. Les téléphones portables ne passent pas, pour le fixe, il n’y a qu’un endroit d’où l’on puisse appeler, et internet ? Ils attendent toujours mais la plus proche connexion est à 25 minutes… Par contre, il y a une école avec un internat pour les enfants vivant en campagne.
Je rencontre Norry, 50 ans, Mapuche, militante. Mauricio lui donne une copie de son documentaire pour qu’elle le visionne. C’est en 2006 que les projets de centrales sont arrivés, depuis la population s’organise.

15h : je pars marcher en montagne, une voisine, Maria, me sert de guide. Nous allons voir la rivière dans laquelle se déversera toute l’eau des centrales, inondant les berges et certains terrains sur lesquels se trouvent des maisons.
Nous marchons, cela me rappelle les Alpes, les arbres, les torrents, les rocher…j’ai envie de plonger dans l’eau, mais avec les chaussures de marche, c’est compliqué.

21h30 : nous mangeons un morceau avant d’aller dormir. Norry a trois enfants, L’ainée à vingt quatre ans et vit ailleurs, et deux garçons de cinq et huit ans qui sont à côté de moi en train de dessiner.

22h30 : la maison possède des toilettes, l’eau courante et l’électricité, mais comme c’est l’été, ils ont installé un tuyau dehors pour se doucher. Je me lave donc à la belle étoile, sous un ciel magnifique.
Je dois repartir demain sur Temuco. Par contre, j’ai décidé de revenir en mars, pour prendre d’autres photos afin de compléter mon reportage sur les centrales hydroélectriques. Du 14 au 22 mars, je serai donc dans les alentours, entre Panguipulli et Liquiñe.

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Pour compléter, un petit diaporama de photos de Panguipulli et Liquiñe, avec une série de dessin d’enfant de 5 à 9 ans. Diaporama plein écran

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2 commentaires Ajoutez les votres
  1. Ah c’est frustrant d’avoir les news en décalé de près d’un mois et demi !! J’ai l’impression que tes pseudos facebook sont déjà plus à jour… Alors Péru, Arequipa, semaine sainte? Je sens qu’il va y avoir de belles photos !!

    En tout cas le coup de la douche à la belle étoile, ça fait rêver… Nous le soleil pointe seulement le bout du nez, tout timide…

    Have fun, à très vite, bisous !

  2. Oui, cést vrai qu´il y a un peu de retard, mais bon… poster en temps reel, c´est vraiment impossible. Et ceci me permet aussi d´avoir du recul, de revire les choses lorsque je les écris.

    😉

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