De Rioja à Lamas, centres touristiques, militants et luttes de classe…

20090517_Rioja_014_-_Jeremie_WACH-CHASTELSamedi 16 mai, Rioja, Pérou : un peu malade. Indigestion ou sont-ce les médicaments que je prends contre le paludisme ? Je ne sais pas, mais en tout cas, je suis crevé.
15h : il pleut. Nous devions rencontrer les nativos (indigènes et littéralement natifs) qui bloquent les routes mais c’est un peu compromis. J’en profite pour faire la sieste.
19h : je vais sur internet, qu’est-ce que c’est lent. Une heure pour faire trois broutilles.

Centre touristique Yacumama, Rioja PérouDimanche 17 mai, 3h : il pleut des trombes d’eau. Je me rendors.
7h : nous devrions aller nous promener, faire une randonnée.
8h : la pluie de cette nuit a transformé les chemins en boue… Changement de plan, on prend un petit déjeuner, puis nous irons à Yacumama, un centre touristique où l’on peut se baigner, pêcher et manger.
Le lieu est sublime, plein d’arbres, de cours d’eau… En plus, c’est une zone protégée. Je vous recommande d’y aller si vous passer par là.

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Nueva cajamarca, PérouMardi 19 mai : la pluie de l’autre jour m’a fait du bien, cela changeait de la côte désertique, mais maintenant, le temps gris me casse le moral. En plus, je n’ai toujours pas rencontré les nativos, ça m’ennuie.
Et comme ici, les gens ont leur vie déjà bien chargée (travail, enfants…), il y a rarement de choses qui sont planifiées. C’est au fil des rencontres, et pour moi c’est très dur et démotivant…
11h : nous partons rencontrer une communauté Awajun, des indigènes de la région. Nous partons en bus jusqu’à Nueva Cajamarca, la seule ville avec un awajun sur sa place centrale. De là, nous prenons un colectivo (taxi collectif) pour Bajo Naranjino.

12h : nous rencontrons un groupe d’awajunes (pourquoi par la même écriture que deux lignes plus haut ? ) et discutons avec eux des mouvements sociaux qui ont lieu, en ce moment, contre les décrets anti-Amazonie du gouvernement.
Au fil de la discussion, je m’aperçois que leur discours est étrange, très bien énoncé, mais dont le fond me gêne. Ils me parlent des colomnos (les personnes extérieures à la communauté qui viennent ici pour faire des plantations, littéralement colons) qui sont venus et qui à l’époque étaient ceux qui quittaient tout pour trouver un monde meilleur. Beaucoup de colomnos étaient analphabètes, pauvres et ne savaient même pas cultiver la terre. Ils luttent donc contre eux, qui détruisent la Selva, mais me disent dans le même temps qu’ils sont d’accord pour cultiver le café ou le riz, et donc couper les arbres… à condition, que ce soient les awajunes qui le fassent et qui soient propriétaire de ces cultures. Wahouuu…
Alors, à un moment donné, je leur demande si en fait ils cherchent à s’adapter aux politiques de libres marchés des libéraux et ils me répondent oui. D’ailleurs, l’un d’eux a étudié aux Etats-Unis et les aide.
Ils sont donc contre les colomnos qui viennent, ici, couper les arbres pour faire des plantations et de l’argent mais, eux en auraient le droit. À propos de la préservation de l’environnement, de la reforestation, il n’y a rien, leur discours est vide…
Pour une première rencontre avec les indigènes, ce n’est pas très fameux. Et lorsque nous parlons des blocages des routes, ils me disent qu’ils sont contre. Alors je leur demande s’ils ont fait une lettre ou quelque chose pour donner leur soutien à la lutte contre les décrets du gouvernement – tout en expliquant qu’ils n’utilisent pas la méthode du blocage – , et ils me répondent qu’ils n’ont pas eu le temps mais le feront… Ils est vrai qu’écrire un communiqué demande beaucoup de temps…
Sur le chemin du retour, avec Luis, nous nous étonnons de notre rencontre et espérons que les prochaines seront plus constructives. On m’avait dit qu’il y avait des indigènes pro-gouvernement et que la conservation de la forêt ne les préoccupaient pas. Aujourd’hui, j’en ai eu la preuve.

Mercredi 20 mai : à 10h30, nous devions partir pour Lamas, une ville entre Rioja et Tarrapoto, pour rencontrer les nativos. Il est 11h15, Luis vient de me dire « je passe à l’université et j’arrive ». Les péruviens et l’heure, c’est quelque chose!!!
11h20 : nous partons !
11h22 : la pluie recommence, d’abord fine, puis ce sont des trombes d’eau qui s’effondrent sur Rioja.
On s’abrite sous un porche et on attend que ça passe.
11h40 : on vient d’arriver au bus, il restait juste deux places. On monte et il part en direction de Moyobamba d’où nous en prendrons un autre.
14h : nous mangeons sur la route, nous avons acheté des noix de coco fraîches, que le vendeur a coupé à une extrémité, j’ai pu boire l’intérieur avec une paille. Une fois finie, on l’a gardée pour l’ouvrir et manger le blanc. C’est super bon.

Quartier indigène, Lamas, Pérou14h30 : nous sommes à Lamas, ville aux accents particuliers, c’est la seule où la communauté indigène est intégrée à la ville, dans son propre quartier. Généralement, les indigènes sont à l’extérieur, à au moins dix minutes en voiture. Bon, malgré tout, c’est un quartier que la municipalité à plutôt tendance à délaisser, mais il y a tout de même une entente et fréquemment des luttes communes se forment.
Nous rencontrons Carlos Maktangunaka, 75 ans, écrivain et journaliste depuis fort longtemps dans la ville. En 1962, pendant son université, il organisera un mouvement avec les étudiants pour venir en soutien aux indigènes de Lamas réprimés par la police. Dans la région de San Martin, des blocages de routes se feront à différents endroits dont Lamas.
En janvier 1975, la population se lève de nouveau et organise un front de lutte, le FREDIP- le Front de DEfense et Développement des Intérêts de Lamas – avec des comités dans chaque quartier. Le 5 janvier, un mouvement commence. Il durera 16 jours et aboutira sur la signature d’un accord promettant l’électricité, les écoles, l’hôpital et l’eau dans la ville.
En octobre, comme il n’y avait toujours rien de fait, la ville se lève de nouveau, de manière plus forte. Elle bloquera la route et ira jusqu’à bloquer Tarrapoto. Cette fois-ci la victoire du mouvement entrainera la construction de l’hôpital et des lignes électriques.
Fin 79, Carlos devient maire. L’une de ses luttes est de mettre fin à la corruption et aux détournements d’argent et de soutenir les intérêts de la population. Il se mettra ainsi à dos toutes les autorités bourgeoises de la ville qui l’accuseront de calomnie et corruption.
Juillet 80, un nouveau président est élu au Pérou, nouvelles élections municipales sont demandées dans chaque ville. Suite à de très fortes pressions, Carlos ne pourra pas se représenter.
En 82, une nouvelle tentative de création d’un front de lutte voit le jour, mais elle sera bloquer par le gouvernement par accusations de terrorisme. Sept personnes seront convoquées à Tarrapoto pour être jugées. Mais à leur arrivée, elles seront embarquées directement par les militaire et enfermées.
La population de Lamas se lève, et après 11 jours de lutte, ils seront libérés. Ensuite, plus rien ne sera possible.
En 97, le Sentier Lumineux, groupe terroriste d’inspiration maoïste, est vaincu, parallèlement, la ville obtient 9 millions de soles pour le goudronnement de la route principale. Mais six des 9 millions seront détournés…la construction de la route n’en sera que plus mauvaise. De nouveau le Front de Lutte se reforme mais l’un des dirigeants sera « acheté » et s’alliera au maire corrompu.
Enfin, en novembre 2008, le Front se recrée pour lutter contre les décrets anti-Amazonie du gouvernement. Un blocage de la route commencera donc en avril, avec le soutien de la presse et de la population. Puis, petit à petit, la presse change de discours et demande l’interpellation des bloqueurs. En effet, les camions et provisions ont du mal à arriver à Tarrapoto et les villes alentours Les prix grimpent et la population s’énerve. Mais au lieu d’apporter son soutien à la lutte pour permettre une victoire plus rapide du mouvement, certains disent qu’il faut débloquer, et laisser passer ces décrets…

Nous discuterons ainsi pendant plusieurs heures. Nous irons ensuite essayer de rencontrer Tolivio Amasipan Sangama, un leader indigène, mais nous ne le verrons pas. Tant pis, nous repasserons demain.

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3 commentaires Ajoutez les votres
  1. Bonjour,

    Avez-vous entendu parler de Sachamama, à Lamas? J’ai rencontré à Montréal une personne qui appuit ce centre et m’invite à le découvrir, mais je ne sais qu’en penser. Car il s’agirait d’un centre « chamanique » et je ne suis pas très attirée par ce type de lieu.
    Elle m’a également parlé de la Casa Hospedaje La Sangapilla. Vous connaissez?
    Enfin, à la lumière de la lutte des indigènes pour préserver leurs terres, je ne sais plus si le voyage envisagé en octobre est une bonne idée, même si c’est en soutien au mouvement de résistance… Un commentaire serait bienvenu. Merci.

  2. Bonjour Nadia,

    je n’ai malheureusement pas eu l’occasion d’entendre parler de cela.

    Question chamanisme, j’avoue que je ne suis pas trop calé. Mais il me sembe que c’est dans la selva qu’il y a les meilleurs. Donc, à Lamas, cela peut etre possible.

    Quand à savoir si tu peux aller la bas, j’espere qu’en octobre les problemes seront reglés et que le gouvernement aura fait marche arrière.

    Pour infos, tu peux aller voir ce site d’un journaliste local : http://www.amachay.com et peut être peux tu lui ecrire ?

    D’autres questions, n’hesite pas.

    cordialement

    Jérémie

  3. Casa la Sangapilla est une auberge (15 soles la nuit) située à l’adresse suivante : Jr. 16 de Octubre No. 114 ; Barrio Suchiche ; Lamas ; San Martín ; Pérou. L’auberge est à environ une demi-heure de trajet en voiture de l’aéroport de la ville de Tarapoto.
    Le lieu abrite un centre de recherche sur les cultures ancestrales: Sachamama et n’est pas un centre chamanique bien que trés ouvert sur la question, son principal centre d’intérêt est tres clair: la bioculture à partir de micro organismes telle que la pratiquait les Incas pour éviter de déforester tout en nourissant une population trés élevée.

    Deux lignes aériennes péruviennes desservent Tarapoto de Lima : Lan Peru et Star Peru. Lan Peru avec 3 vols par jour et Star Peru avec 2 vols par jour d’une durée d’une heure sans escale (120 dollars environ a/r en période promo). On peut aussi voyager à Tarapoto de Lima par car ; ce voyage dure environ 26 heures (120 soles).

    Pax & Luz
    jmichel

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